mercredi 11 février 2015

QU’ATTEND LA FRANCE POUR ANNEXER MONACO ?

Avec Vladimir Poutine à la tête de l’État français, l’affaire serait déjà entendue, car Monaco n’aurait pas opposé plus de résistance que la Crimée.
Au XXIe siècle, quel sens cela a-t-il de tolérer une enclave comme Monaco à la porte de notre territoire ? Si encore cette parcelle « paradisiaque » était bénéfique et valorisante pour notre pays, on pourrait comprendre. L’ennui, c’est que Monaco ne profite réellement qu’à Monaco, à cette famille qui en détient les rênes et à ces privilégiés qui y vivent. Une famille qui a beaucoup perdu de sa noblesse, où le prince qui l’incarne fait plus figure de chef de clan que de grand dirigeant.
Ne dit-on pas qu’il s’agit là d’une principauté d’opérette qui est protégée par la France, mais qui demeure à la solde, voire sous la coupe, d’autres puissances, à commencer par la puissance de l’argent ? Sait-on qui la commande vraiment en arrière-plan ? Les mafias (et les milliardaires qui vont avec) y sont si présentes que l’on peut s’interroger : comment ce petit bijou de la taille d’un « gros caillou » aurait-il bien pu leur échapper ?
Ne serait-il pas mieux que ce pion monégasque soit intégré au puzzle français ? 

Cette idée d’annexion n’est pas du tout farfelue. Souvenez-vous (ou apprenez-le) que le général de Gaulle lui-même a été à deux doigts de passer à l’action.
Cela s’est passé en 1962. Tout est parfaitement relaté dans un long article intitulé : « Les Alpes-Maritimes et la crise franco-monégasque de 1962 », que l’on peut lire à cette adresse : http://cdlm.revues.org/3023
Voici un extrait de la conclusion de cet article :
« […] La crise souleva pourtant aussi des questions qui demeurent encore présentes de nos jours. Quelle doit être et quelle peut être l’attitude d’un grand Etat face à ce que nous appelons aujourd’hui un paradis fiscal ? La réponse apportée par la France en 1963 fut finalement à la fois celle de la fermeté et celle du réalisme. Une nouvelle « crise », moins tendue, éclatera en 2000, avec un rapport parlementaire français rédigé sous l’impulsion du socialiste Arnaud Montebourg, mettant en cause l’opacité financière et fiscale de la Principauté. Il en résultera en 2003 un nouveau traité franco-monégasque, consacrant un meilleur contrôle des opérations financières menées à Monaco, mais permettant aussi à la Principauté de bénéficier d’un allègement de la tutelle politique de la France.
L’une des questions avait aussi été celle de la souveraineté monégasque. Celle-ci progressera avec en 1991 l’entrée du petit Etat à l’ONU et en 2004 son admission au Conseil de l’Europe, avec la bénédiction française.
Au fond, Monaco et les Alpes-Maritimes sortirent gagnants de cette confrontation sur le plan économique, puisque Monaco, malgré ses concessions, conservait une fiscalité attractive pour les entreprises.
Si une crise de ce type venait à se déclencher de nos jours, ce qui est du domaine de l’invraisemblable (la dernière « crise » ouverte en 2000 s’est conclue en 2003 par un nouveau traité franco-monégasque), l’on y verrait sans aucun doute les élus et les représentants économiques des Alpes-Maritimes élever beaucoup plus de critiques publiques contre leur gouvernement qu’ils ne le firent en 1962. Les temps ont changé : au plein-emploi des années soixante a succédé le chômage de masse, au légalisme amplifié par l’écrasante personnalité du général s’est substituée une plus grande indépendance des élus
Quel que soit l’avis que l’on puisse avoir sur les sources de la richesse monégasque, les Alpes-Maritimes, aujourd’hui plus encore qu’en 1962, tirent profit de cette prospérité sur le plan économique, de même que la Principauté ne peut se passer de la France et des Alpes-Maritimes. »
À cette savante analyse, certains préféreront sans doute l’article de Nathalie Lacube, que l’on peut lire sur le site du quotidien La Croix :
article publié à propos du film « Grace de Monaco » qui fit l’ouverture du Festival de Cannes 2014, et qui évoque cette dure crispation entre l’État français et la Principauté :
Principauté d’opérette pour les uns, paradis fiscal pour les autres, Monaco est gouverné par son médiatique prince, mais administré par un discret haut fonctionnaire français, le ministre d’État.
Peu connue, cette organisation politique qui place, de fait, la Principauté dans un régime de tutelle, a failli voler en éclats en 1962 lors d’une crise qui a opposé le général de Gaulle au prince Rainier.

Options guerrières
Annexer Monaco, bloquer ses approvisionnements, contrôler ses frontières par des check-points… toutes ces options guerrières ont été envisagées par la France du général de Gaulle et de son premier ministre Maurice Couve de Murville. Avec, en arrière-plan, la crainte d’une main-mise américaine, par le biais de la princesse Grace, sur la Principauté, nourrie par l’antiaméricanisme du Général plus que par des faits probants.
À l’origine de la crise politique, le conflit autour d’une chaîne de télévision, Télévision Monte-Carlo, détenue par une société de droit monégasque, puis contrainte de céder ses parts à une société de droit français, la Sofirad, qui détenait aussi Radio Monte-Carlo (RMC), puis ramenée dans le giron monégasque par une ordonnance du prince Rainier, le 14 janvier 1962.

Conflit fiscal
Derrière cette brouille qui a été l’étincelle du conflit, une exaspération plus large du général de Gaulle contre ce paradis fiscal qui attire les grandes fortunes de France, qui récupère les avoirs des riches pieds-noirs en train de quitter précipitamment l’Algérie, qui fait venir à lui les entreprises les plus dynamiques… bref, qu’il accuse de piller les ressources françaises.
« Il est vrai que les affaires monégasques ont pris une forte extension depuis 1950. Quelque 2000 sociétés s’y seraient installées et leur chiffre d’affaires doublerait tous les quatre ans. Ce seraient surtout des entreprises des branches chimiques et pharmaceutiques. Il en serait de même des entreprises de travaux publics, favorisées par le manque d’espace de la Principauté », écrit Paul Keller dans la Gazette de Lausanne du 14/15 avril 1962.

Une gifle et un blocus
Dans la nuit du 24 janvier 1962, Émile Pelletier, ministre d’État, demande une audience au Prince Rainier III pour réclamer l’abrogation de l’ordonnance qui permet de récupérer Télé Monte-Carlo. Rainier protestant contre l’ingérence française, le ton monte entre les deux hommes. Selon la rumeur, le colérique prince de Monaco gifle le haut fonctionnaire français. Celui-ci claque la porte. Il est limogé le lendemain.
Les versions officielles démentent la gifle. Émile Pelletier dans ses mémoires, Traversée d’une époque, écrit : « La conversation s’écartait du sujet même de la réunion, se transformant en une vive altercation (sans voies de fait comme certains ont voulu le présenter !), et ma conclusion fut rapide : “Monseigneur, je quitte cette maison où vous ne me verrez plus  !”. Le prince rétorqua  : “Vous voulez dire ce palais !”, et j’acquiesçais en quittant le salon où nous étions réunis. »
Paris demande officiellement la renégociation de tous les accords fiscaux avec Monaco, mais les discussions n’aboutissent pas. Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1962, la France décide d’un blocus de Monaco et envoie une escouade de douaniers et de gendarmes mobiles établir un contrôle à la frontière.
Les 200 hectares du territoire monégasque sont entourés d’un cordon douanier. Rien de grave, car le blocus ne dure pas, et ne fait que ralentir les automobilistes de la Côte d’Azur. Mais les Monégasques redoutent que la France leur coupe l’eau, le gaz, l’électricité, bref, les assiège  !

Les fleurs de Colette
L’affaire se réglera pacifiquement au bout de quelque mois. Des conventions (de voisinage, fiscale, douanière, postale, téléphonique, pharmaceutique...) sont signées en bloc le 18 mai 1963. Un impôt sur les bénéfices pour les sociétés qui réalisent plus de 25 % de leur chiffre d’affaires hors de Monaco est instauré. Les Français vivant dans la Principauté sont soumis à l’impôt, sauf s’ils peuvent justifier de cinq ans de résidence au moins au 13 octobre 1962. Entre-temps, Monaco est devenu une monarchie institutionnelle, le 17 décembre 1962.
Face aux drames de l’époque (guerre d’Algérie, crise des missiles de Cuba, premiers morts du mur de Berlin...), la crise entre le Rocher et Paris semble une aimable comédie. Elle fit néanmoins couler beaucoup d’encre, comme l’a rappelé Jean des Cars.
« Colette, la grande Colette, amie des princes, en aurait été choquée, elle qui avait écrit à Rainier, lors de son avènement  : “Monseigneur, votre pays est le seul dont les frontières sont des fleurs” », a écrit l’historien. Elle a aussi servi de trame politique au film qui vient d’ouvrir le Festival de Cannes, tout à la gloire de la princesse Grace.
Comme vous le voyez, ça a quand même bardé entre la France et Monaco.
Aujourd’hui, vu le piteux état de notre État (endetté jusqu’aux yeux, autrement dit en faillite), et l’insolente santé financière de la Principauté (la Société des Bains de Mer, la fameuse SBM, où l’État monégasque est majoritaire, vient de lancer une augmentation de capital de 220 millions d’euros… avis aux oligarques français !), il est urgent de se poser à nouveau la question de l’annexion. Nous sommes capables de faire la guerre à tout bout de champ (encore heureux que, pour redorer notre image internationale, nous nous soyons interposés pour tenter d’arrêter ce sale conflit ukrainien !), et de nous endetter dangereusement pour rouler les mécaniques, et nous ne serions pas en mesure de « faire la fête » à Monaco (et une grosse tête à ce rondouillard d’Albert II) ! De qui se moque-t-on ?
Faute d’avoir un Poutine dans nos rangs, l’on se prend à implorer nos mercenaires d’antan, et au premier chef le valeureux Bob Denard :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bob_Denard http://www.orbspatrianostra.com/accueil.html)
« Bob ! Sors de ta tombe et ramène-toi, ils sont devenus mous ! Notre Général s’est montré naguère bienveillant, mais toi, mon colonel, il faut que tu lui rentres dedans à ce guignolo de Monaco, et que tu le tapes à la caisse, ce roi fainéant. »
À moins que l’on fasse appel à la fourrière, qui nous emballera ça (la famille princière et sa cour) en moins de deux ? 
Non, restons convenables. La Légion étrangère, qui campe dans les parages, se fera un plaisir de sauter sur cette principauté anachronique, et d’en ramener son souverain fantoche, que l’on expédiera dans un pays de connaissance : les Îles Caïmans, où il aura tout le loisir de sympathiser avec des crocodiles de son espèce.
Pour ma part, je ne serais pas si méchant envers lui, fût-ce par égard pour son épouse au demeurant ravissante (mais sans la classe de Grace Kelly), et la mère de deux jumeaux fort mignons. Moi, je le nommerais adjudant-chef du protocole de l’Élysée, où il régnerait en maître sur les aspirants au trône républicain, qui se voient déjà Calife à la place du Poussah.

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